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Emission Arte lirica du 19 mars 2017

février 15th, 2017 par Alain Fauquier


Affi.Traviata-portrait

La Traviata est sans doute l’œuvre la plus populaire et la plus universellement représentées, toujours à l’affiche partout dans le monde, dans les opéras et les festivals. C’est l’opéra le plus accessible de Verdi et peut-être même de tout le théâtre lyrique. Aussi, on a peine à croire aujourd’hui que lors de sa création à La Fenice le 6 mars 1853, La Traviata connut un échec retentissant qui n’aura d’équivalent que le fiasco de Carmen de Bizet en 1875.

Tiré de la pièce d’Alexandre Dumas fils, La Dame au Camélia, l’histoire de La Traviata se déroule à Paris, sous le Second Empire, aux alentours de 1850. La courtisane Violetta Valéry aime et est aimée d’Alfredo Germont. Mais le père du jeune homme va la convaincre de mettre un terme à cette liaison qui déshonore leur famille. Elle décide de se sacrifier au nom de son amour, avant de mourir dans les bras de son amant, rongée par la tuberculose. C’est donc l’histoire d’un amour bouleversant et purificateur. On écoute Montserrat Caballé dans un extrait du grand air de Violetta du premier acte : « Sempre libera » (c’est pour lui que mon âme).

L’héroïne de La Traviata a réellement existé. Il s’agit d’Alphonsine Plessis, fille d’un colporteur de l’Orne, qui allait devenir à 16 ans l’une des plus illustres courtisanes du 19e. Cette jolie fille arrive à Paris à 14 ans et elle subvient vite à ses besoins en monnayant chèrement ses charmes. Elle ne va pas tarder à devenir la reine des nuits parisiennes et se rebaptise Marie Duplessis, ça sonne mieux.

Elle rencontre Alexandre Dumas fils avec qui elle va vivre une passion ; mais Marie est malade depuis plusieurs années : elle est rongée par la tuberculose et elle mourra à 23 ans à peine, ruinée et endettée. Marie est enterrée à Paris, au cimetière Montmartre. A sa mort elle entre dans l’histoire mais Dumas fils va très vite la faire entrer dans la légende. Marie Duplessis devient Marguerite Gautier qui va devenir Violetta Valéry.

Verdi se passionne pour cette histoire qui connaît un succès prodigieux et fait scandale. Dans sa Traviata Verdi ne dénonce pas, ne condamne pas : il observe. Violetta veut simplement être aimée : sa fragilité, son amour fou, sa quête d’absolu rappellent les élans du romantisme, quant à ses doutes et à sa lucidité, ils sont résolument modernes.

Violetta est une femme moderne, c’est même l’une des figures de femme les plus adultes de tout le répertoire lyrique. C’est une femme blessée et lucide qui va trouver sa rédemption dans l’amour et la mort. A ce propos je cite Dumas fils : « pour la femme à qui l’éducation n’a pas enseigné le bien, Dieu ouvre presque toujours deux sentiers qui l’y ramènent […] la douleur et l’amour ».

Violetta va suivre ces deux sentiers : l’amour d’abord, celui sincère d’Alfredo, la douleur ensuite quand au 2e acte le père de ce dernier vient lui demander de se sacrifier.

Nous vous proposons justement d’écouter un extrait du célèbre duo « Ah ! Dite alla giovine » entre Violetta et Germont-père au 2e acte. C’est le pivot du drame où le père d’Alfredo vient justement demander à Violetta de se sacrifier pour que son fils puisse épouser une femme de bonne famille.

Le désir de changer de vie de Violetta fait d’elle un élément perturbateur qu’il faut éliminer, mais par amour elle va accepter ce sacrifice: entrée « dévoyée » au 1er acte, elle sort en martyr au dernier. Verdi est un grand dramaturge, on peut même dire que c’est le Shakespeare italien : il pense musique et en même temps il pense théâtre. La Traviata est l’aboutissement de toutes ses recherches passées et le point de départ d’une nouvelle esthétique.

Verdi ne va pas se contenter de ne retenir que l’intrigue, il va approfondir ce qui fait la nouveauté de la pièce et accentuer son côté passionné. A propos de passion, écoutons Nicolai Gedda chanter sa joie de vivre « quasi in ciel » auprès de sa chère Violetta, dans le très enlevé « Dei miei bollenti spiriti ».

Non seulement Verdi ose mettre en scène un sujet de son époque mais en plus il s’agit d’un pur drame bourgeois, loin des grands péplums héroïques auxquels le public était habitué. C’est une révolution dans le monde de l’opéra.

Le dernier acte de Traviata confirme le triomphe de cette nouvelle manière de Verdi, née avec Luisa Miller et dans laquelle l’analyse psychologique prend le pas, avec le drame et l’émotion profonde, sur la violence. Il faut souligner que c’est d’ailleurs le seul opéra tragique de Verdi dans lequel la violence ne joue aucun rôle.

Nous vous proposons d’écouter Maria Callas qui a été la Traviata du siècle, dans l’ « Addio del passato », un des airs les plus émouvants qui soient, au moment où Violetta évoque un passé heureux auquel elle dit adieu à tout jamais.

Avec La Traviata, Verdi fait un constat social sans concession. Il n’a jamais traité aussi directement les problèmes sociaux et moraux de son époque lorsqu’il a composé Luisa Miller, Stifelio et La Traviata. Et avec elle on va donner pour la première fois le beau rôle à une « cocotte », à une « traviata » c’est à dire une dévoyée, une corrompue, une femme qui s’est écartée du droit chemin et qui est d’autant plus scandaleuse qu’elle est censée être contemporaine des spectateurs.

A peine plus d’un an après avoir sombré à la Fenice, mythique théâtre de Venise, c’est la revanche, toujours à Venise mais au San Benedetto. Nous sommes le 6 mai 1854, et cette fois, c’est un triomphe incontestable. Le public est versatile et Verdi le savait aussi : il ne s’exaltait jamais d’un succès ni ne se désolait d’un échec.

Cette fois la presse et le public acclament le chef d’œuvre qui après Rigoletto et Le Trouvère conclut en beauté une trilogie écrite en seulement deux ans, entre 1851 et 1853. Ecoutons le très joyeux chœur des Zingarelle.

Sans doute avait-il eu le temps à la fois de s’accoutumer à un style si nouveau et de mesurer leur ingratitude envers l’une de ses plus grandes idoles. Et il faut dire que l’orchestre avait fini par mieux comprendre la musique et que la reprise avait – enfin – bénéficié d’interprètes hors pair.

On écoute pour terminer, le dernier duo de l’acte 3. C’est le moment où Alfredo et Violetta sont dans les bras l’un de l’autre : ils oublient la mort qui menace Violetta. Ils vont quitter Paris pour se retirer dans un lieu calme où plus rien ne pourra les séparer : « Mia Violetta… Parigi, o cara, noi lasceremo » (Nous quitterons Paris, ô ma bien aimée.)

 Nous vous proposons un enregistrement rare réalisé par Mario Lanza et la soprano canadienne Frances Yeend lors d’un concert triomphal au Hollywood Bowl de Los Angeles le 27 août 1947. Le Hollywood Bowl orchestra est dirigé par le grand maestro de Philadelphie Eugene Ormandy. Le lendemain de ce concert Mario Lanza sera engagé par la MGM pour chanter l’opéra au cinéma avec un immense succès.

 Extrait musicaux:

 Sempre libera : Montserrat Caballé
Ah ! Dite alla giovine : Renata Scotto & Renato Bruson
Dei miei bollenti spiriti : Nicolai Gedda
Addio del passato : Maria Callas
Chœur des Zingarelle
Mia Violette… Parigi, o cara : Mario Lanza & Frances Yeend
Libiamo ne’lieti calici :Renata Scotto & Alfredo Kraus

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