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Ecouter Mario Lanza

Leoncavallo : VESTI LA GIUBBA
Dicitencello Vuie
Verdi: OTELLO "Dio mi potevi"
Na sera e maggio
Serenade de Romberg
Leoncavallo: LA BOHEME
Giordano: ANDREA CHENIER














Emission Arte Lirica du 23 juin 2019

mai 28th, 2019 par Alain Fauquier


Affiche Grandes mélodies napolitaines portrait 1

MARIO LANZA

ET LES

GRANDES MELODIES NAPOLITAINES

 Après avoir chanté l’opéra, les grands standards américains, les comédies musicales et les chansons italiennes qu’il avait tellement entendues dans sa famille durant son enfance et son adolescence américaine dans la petite Little Italy de Philadelphie, sa ville natale, Mario Lanza décida, à la fin de sa courte vie, de consacrer tout un album à des chansons napolitaines.

Il s’attaquait là à un gros morceau et, à part, quelques airs devenus « internationaux » et qu’il avait chantés dès l’Amérique, il venait maintenant faire le choix de grandes, belles et sombres mélodies.

Mais écoutons d’abord, le fameux MARECHIARE (en napolitain) ou MARECHIARO en italien du nom du petit port pittoresque de la région de Naples, devenu célèbre par la Chanson MARECHIARE écrite par le poète Di Giacomo et le compositeur Francesco Paolo TOSTI.

On y parle d’une petite fenêtre, la Fenestella qui a le plus contribué au mythe du site de MARCECHIARE. ON dit que le poète et écrivain napolitain Salvatore Di Giacomo (1860-1934) apercevant un œillet dans un pot de fleurs sur le rebord d’une petite fenêtre,  trouva l’inspiration pour une des plus célèbres chansons napolitaines : A Marechiare.

De nos jours, la petite fenêtre est toujours fleurie d’un œillet et une plaque commémorative en marbre blanc rappelle la partition et le nom de l’auteur mort en avril 1934.

« Quanno spónta la luna a Marechiaro, pure li pisce nce fanno a ll’ammore… Scétate, Carulí, ca ll’aria è doce…!  »

En napolitain : « Quand la lune se leva à Marechiaro, même les poissons font l’amour … Réveille-toi, Caroline, que l’air est doux …  »

Pourquoi les chansons napolitaines ?

Parce que contrairement à ce que certains pourraient croire, ces chansons ne sont pas d’aimables fariboles, mais des œuvres, paroles et musique, de première importance et n’ont rien de « folklorique » au sens galvaudé et non approprié du terme.

Le Napolitain est une véritable langue, avec ses idiomes, ses sonorités, ses » histoires », ses thèmes, qui vont de l’amour, bien sûr, à la nostalgie, à la dureté et à la beauté de la vie, à l’évocation des immigrants quittant leur pays et Naples et Sorrente, à la mélancolie de tous, ceux qui partent et ceux qui restent, la mélancolie forme parfumée de la tristesse, et que Vincenzo Bellini, le grand et jeune maître du Bel Canto, appelait « Malinconia, Ninfa gentile », Mélancolie, Nymphe Gentille » ; on a compris, que viennent ensuite le temps qui passe, et la mort.

Et c’est ce qu’on trouve dans les mélodies napolitaines.

Pour les chanter il faut, si on ose dire, « du coffre », non pas seulement au sens physique mais émotionnel, et c’est ce que Caruso, lui-même napolitain, traduisait ainsi, avec ironie et sérieux :

« il y faut une grand capacité thoracique, une grande bouche, beaucoup de dur travail et un peu de cœur ».

Comme dit l’autre, il faut avoir vécu pour dire des choses belles et profondes avec simplicité.

Aussi Mario Lanza n’a-t-il chanté ces grands airs qu’une une fois en Italie où on sait qu’il est mort à 38 ans il y aura bientôt 60 ans, le 7 octobre 1959.

Et c’est en prenant de la maturité qu’il a décidé de se lancer un tel défi : à 37 ou 38 ans, il avait mûri bien vite, trop vite même pour pouvoir continuer à puiser en lui-même le pouvoir d’émouvoir et de bouleverser. Aussi, avec le recul, comprend-on qu’il a gardé ces airs napolitains pour la fin de sa vie, avec littéralement, les dernières forces de son cœur.

Nous écouterons un premier exemple avec « NA SERA E’ MAGGIO » (Une soirée de mai), histoire d’une rupture entre deux amoureux, le jeune garçon se souvient d’une soirée de mai où son amoureuse lui avait dit « oui » et, dit-il, « quand on a dit oui, on a dit oui », et maintenant elle pense à un autre …

Le Napolitain, comme le Sicilien, a besoin d’être traduit en Italien, accent et vocabulaire, pour la compréhension de tous et il n’est pas surprenant que le ténor Andréa Bocelli, dans un album d’hommage aux immigrants et fils d’immigrants qui ont fait la gloire de l’Italie à l’étranger, et il cite Mario Lanza, s’excuse d’avance auprès des auditeurs napolitains pour son accent policé de romain ou de florentin quand il chante des mélodies napolitaines.

En effet, un chanteur non napolitain, même doté d’une très belle voix, pourra certes s’acquitter honnêtement du travail, mais pour autant il ne pénétrera que superficiellement l’esprit de la chanson napolitaine, sans parler même de l’accent qui trahira son origine presque incompatible avec ce patrimoine musical napolitain.

Comment s’en étonner quand on connaît le particularisme des régions d’Italie, réunifiée seulement dans la deuxième moitié du 19ème siècle ?

Du même album, on écoute par Mario Lanza : « CANTA PE’ ME » (Chante pour moi) de Bovio et De Curtis. Arrangements d’Ennio Morricone.

Il fallait du coeur pour chanter en napolitain, mais il fallait aussi l’accent particulier de cette langue et Mario Lanza le chantait pratiquement comme un natif.

On connaissait son talent pour les accents et ses imitations chantées comme parlées, mais ici il s’attaquait à forte partie, lui qui était américain, fils d’italiens certes, mais de là à chanter en napolitain !

Et pourtant…

Cette chanson, « Santa Lucia luntana » (à ne pas confondre avec le célèbre Santa Lucia ») parle de ceux qui partent en bateau de Naples, et qui la voient s’éloigner, et lorsqu’ils voient la lune la nuit sur la mer, ils pensent à Naples et ils pleurent : « SANTA LUCIA LUNTANA » (Sainte Lucie si loin), « Quanta malincunia ». Quelle nostalgie !

Avec le fameux « CORE N’GRATO », plus connu sous le titre de « Catari… » nous abordons la première chanson napolitaine écrite en Amérique. C’était en 1911, musique de Salvatore Cardillo et paroles de Ricardo Cordiferro (dont le vrai nom était Alessandro Sisca).

Catari est une belle devenue indifférente à son amoureux  qui lui dit : « Catari, Catari, pourquoi me dis-tu ces paroles amères, pourquoi me parles-tu en tourmentant mon cœur ?

N’oublie pas (« Nun te scurda ») que je t’ai donné mon cœur, N’oublie pas ! (« Nun te scurda !)

Et puis c’est le fameux « CORE N’GRATO », « Cœur ingrat » ! et la chanson se termine par

« T’aie pigliato ‘a vita mia » (tu as pillé ma vie)

« Tutt’é passato », tout est fini, tout est passé

« Tu nun ‘nce pienze cchiû » !, tu ne penses plus à moi

Qui dit Naples, dit Sorrente, Surriento, la ville où Enrico Caruso, malade, crachant du sang, s’était retiré pour se refaire une santé, avant de mourir peu après à l’âge de 48 ans en 1921, l’année de naissance de Mario Lanza !

TORNA A SURRIENTO est la magnifique chanson des frères de Curtis, Ernesto (1875-1937) pour la musique et Giambattista, le poète, (1860-1926), pour les paroles.

La chanson vante les mérites de Sorrente, ses jardins, ses parfums d’orange et cette mer si belle et « Toi, tu dis je m’en vais, adieu ! » « tu t’éloignes de ce cœur », Reviens à Sorrente ! « Famme Campa » ! « Fais mi vivre »

On dit que cette chanson était en fait un clin d’œil au Premier ministre d’Italie, Giuseppe Zanardelli, qui passait ses vacances dans un hôtel de Sorrente, pour qu’il tienne sa promesse d’y revenir, mais on dit aussi qu’on lui rappelait une autre promesse : celle de refaire le réseau d’égouts de la ville, qui en avait bien besoin !

Mais revenons à la mer si belle, aux jardins et aux parfums des oranges, TORNA A SURRIENTO et souvenons-nous qu’Elvis Presley en avait fait une adaptation en anglais. (SURRENDER)

Voici maintenant une des plus belles chansons d’amour napolitaines, DICITENCELLO VUIE, composée en 1930 et dont le titre signifie « Dites le lui, vous » !

L’homme fait une déclaration d’amour indirecte en passant par une amie de la femme dont il est amoureux.

« Dites à votre amie/ Que l’ai perdu le sommeil et la fantaisie/ Qu’à elle je pense toujours/ Qu’elle est toute ma vie/ Ma passion est plus forte qu’une chaine/ Qui me tourmente l’âme/ et m’empêche de vivre/

Et le Refrain « A voglio bene, A voglio bene assai », « je l’aime ! je l’aime tant » est archi connu.

Mais ce n’est qu’à la fin de la chanson que l’on comprend que son interlocutrice est la femme qu’il aime quand il voit une larme qui coule sur sa joue.

Alors il dit : « Enlevons nos masques/ Et disons-nous la vérité ! »

Et enfin, il s’exclame non plus « Je l’aime » ! Mais « Je t’aime » !

Le procédé d’écriture est habile et délicat et ne permet pas la grandiloquence et les effets vocaux. Il faut être à la hauteur de l’écriture quand on chante cela.

La traduction française ne rend pas justice au charme infini de la langue napolitaine, où ces paroles, un peu passéistes et démodées, gardent tout leur sens premier et toute leur force.

Les plus grands l’ont chantée : Beniamino Gigli, Giuseppe Di Stefano, Tito Schipa, Mario Lanza, Mario Del Monaco, Luciano Pavarotti, Dmitri Hvorovstovski, José Carreras, etc… et même des actrices comme la grande Anna Magnani.

Mario Lanza en donne une version toute en retenue, avec une voie sombre qui donne un peu la chair de poule (il chante peu avant sa mort…). Ici rien que l’émotion et la simplicité dans une langue totalement respectée.

Pas d’excès ni démonstrations de chanteurs d’opéra (on ne donnera pas de noms, mais on peut les retrouver sur You Tube et on se dit que certains en font trop, on n’y croit pas, alors que la mélodie et le texte se suffisent).

Hommage aux auteurs Rodolfo Falvo pour la musique et Enzo Fusco pour les paroles.

Maintenant un peu de légèreté avec MARIA, MARI de Russo et Di Capua, auteurs très connus, comme De Curtis.

C’est une chanson d’amour, le jeune homme appelle Mari pour qu’elle vienne à sa fenêtre et il demande à dormir un peu dans ses bras, et il semble qu’elle lui fait légèrement signe entre les vantaux de la fenêtre ; Tout est gai et dans la ritournelle ou le refrain.

Quant à l’interprétation, ce qui frappe c’est l’aisance de la voix, son absence d’effort, comme si elle glissait sur un tapis d’air… et toujours cette sonorité de bronze, étonnante pour une voix de ténor

Encore une adorable chanson : COME FACETTA MAMMETA, de Capaldo et Gambardella.

Un jeune homme demande à son amie Concetta (Cuncé) : « Sais-tu comment ta mère t’a faite ? Comment a-t-elle fait une jolie peau comme la tienne ? Elle a pris des roses et des roses et du lait et du lait et des roses ; et ainsi de suite pour la bouche, la mère a mis un panier entier de fraises du jardin, du sucre, des pommes et de la cannelle ; et il a fallu une mine d’or entière pour fabriquer ces nattes dorées … etc…

Chanson courte chantée avec entrain, joie et légèreté, avec l’hommage à la maman qui a su, en un clin d’œil, fabriquer une si jolie demoiselle !

SENZA NISCIUNO, c’est à dire « Sans personne » ou « seul », chanson sur la solitude de celui qui se souvient de sa mère morte et lui parle.

La mort apparaît comme une constante avec son cortège de misères et de solitudes.

L’heure sonne au clocher de l’église, c’est l’Ave Maria, l’orphelin fait son signe de croix et pense à Mamma Mia ; il s’exclame : Quel Malheur, Hélas/ Seul sans personne ! Et toi ? / Morte pour moi / Et maintenant, où es-tu ? Est-ce que tu ris ? Es-tu contente ? Est-ce que mon tourment te tourmente ? » etc

Cette chanson de De Curtis, encore lui, et Barbieri, est un classique depuis Caruso et Lanza l’a enregistrée à Rome avec d’autres titres favoris de Caruso peu de temps avant sa mort : enregistrement de juin 1959, et mort le 7 octobre 1959.

Son interprétation est à la fois digne et bouleversante et il faut se souvenir, parlant de la mère, que Lanza avait une véritable adoration pour la sienne (qui lui a survécu d’ailleurs) et qu’il avait aussi une foi très forte (ancien enfant de chœur, élevé dans la religion, etc…).

Les paroles avaient pour lui une signification profonde Il faut l’entendre dire « Qué malasciorte, Ahimé «  Quel malheur Hélas ! » avant d’interroger « É tu » ? Et toi ? » d’une voix suppliante qui semble monter au ciel.

Magnifique et éprouvante interprétation, on allait dire « magnifique lamentation », également servie par une somptueux arrangement d’Ennio Morricone.

TU CA NUN CHIAGNE « Toi qui ne pleures pas, mais qui me fais pleurer », chanson de Bovio et de Curtis.

« Comme la montagne est belle cette nuit, belle comme je ne l’ai jamais vue »

« Tout dort et tout est calme »

« Mon âme est résignée et fatiguée »

« Sous la lueur de cette lune jaune

« Toi qui ne pleures pas et me fais pleurer,

Où es-tu cette nuit ?

Je te veux ! Je te veux ! ».

 

Mélodies diffusées :

 

MARECHIARE (Di Giacomo/Tosti)

16 Janvier 1958, Royal Albert Hall de Londres, Constantine Callinicos piano.

TORNA SURRIENTO (De Curtis)

5 Juillet 1955, Warner Bros Studios, Hollywood, Jacob Gimpel, piano

CATARI – CORE N’GRATO (Cardillo-Cordifero)

28 Mars 1952, RCA Victor, Orchestre dirigé par Constantine Callinicos

NA SERA E’MAGGIO (Pisano-Cioffi)

CANTA PE ME (Bovio-De Curtis)

SANTA LUCIA LUNTANA (Mario)

DICITENCELLO VUIE (Falvo-Fusco)

MARIA, MARI (Russo-Di Capua)

COME FACETTA MAMMETA (Capaldo-Gambardella)

TU CA NUN CHIAGNE (Bovio-De Curtis)

SENZA NISCIUNO (De Curtis-Barbieri)

Novembre et Décembre 1959 à Rome. Orchestre Franco Ferrara, chœurs Franco Potenza. Arrangements musicaux de Carlo SAVINA et Ennio Morricone

 

 

 

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