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Ecouter Mario Lanza

Leoncavallo : VESTI LA GIUBBA
Dicitencello Vuie
Verdi: OTELLO "Dio mi potevi"
Na sera e maggio
Serenade de Romberg
Leoncavallo: LA BOHEME
Giordano: ANDREA CHENIER














Emission Arte Lirica du 2 février 2020

janvier 8th, 2020 par Alain Fauquier


 Affiche hommage Pavarotti

 Enrico Caruso fut la première superstar du monde de l’opéra grâce au disque (on a dit « Caruso a fait le disque, le disque a fait Caruso »), puis Mario Lanza fut superstar des années Cinquante par le disque et le cinéma, (outre ses concerts et récitals sur scène).

Mais pour commencer l’année 2020, nous nous intéresserons à Luciano Pavarotti, super star de notre temps, le temps de la télévision, des réseaux sociaux, des spectacles dans les stades, aux jeux Olympiques, à Hyde Park, Central Park et sous la Tour Eiffel, ainsi que des médias omniprésents et des téléphones portables devenus ordinateurs de poche !

On connaît tous l’image du grand et gros monsieur barbu à la voix d’or et au mouchoir blanc grand comme un foulard, l’homme charismatique et souriant qui après sa carrière d’opéra, se produisait avec ses amis rockers, chanteurs de jazz et de soul music, les Sting et consorts !

Comme ses grands prédécesseurs qu’il admirait tant, les Caruso et Lanza, il a utilisé les moyens de communication de son temps à lui et a encore ouvert un peu plus au grand public, non familier des théâtres d’opéra, ces œuvres de théâtre chanté qu’on appelle l’Opéra et l’art Lyrique.

Écoutons-le d’abord dans un air extrait de l’opéra qui l’a fait connaitre dans les années soixante, La Bohème de Puccini, d’après l’œuvre de Henri Murger, La Bohème : le fameux air « Che gelida manina », Quelle Petite Main Gelée »

Pavarotti c’est quarante années de succès grandissant, de sa prestation remarquée dans La Bohème en 1961 jusqu’à ces fameux concerts Pavarotti & Friends et aux concerts des Trois Ténors avec Placido Domingo et José Carreras, dont les retombées financières pour les trois hommes se comptèrent en millions de dollars !

Pavarotti a apporté sa personne et son art à des émissions de télé grand public et puis surtout, il a chanté avec des artistes pop. Des italiens, comme Zucchero et Lucio Dalla bien sûr, mais aussi avec des pointures internationales comme Madonna, Paul McCartney, les Spice girls, Bryan Adams, Elton John et Sting, pour ne citer qu’eux.

D’ ailleurs, à propos de Sting, Pavarotti a dit « quand ces jeunes regardent leur héros monter en scène avec ce gros chanteur d’opéra, et que tous se mettent à chanter « La donna è mobile », ils peuvent se dire, « eh, si Sting peut chanter ça, cette musique n’est peut-être pas si moche ! »

Et c’est comme cela, qu’avec les moyens de notre temps, mais après avoir achevé sa carrière proprement dite d’opéra, il a réussi à vraiment élargir le public de l’opéra, même si c’est avec des standards ultra ressassés parce que sensationnels, tels que « Nessun dorma », et « la Donna é mobile ». Il savait qu’il allait choquer certains puristes mais il l’a fait quand même parce que selon lui les chanteurs pop touchent infiniment plus de monde que les chanteurs d’opéra. Par là, il a aussi voulu faire passer le message qu’il n’est pas besoin d’être démodé, excentrique ou bizarre pour aimer l’opéra, qu’on peut en être passionné et aimer le sport, la musique populaire, la bonne chère et les joies de la vie… dont l’Opéra !

Toutefois, pour ces grands spectacles il a dû rompre avec son impresario d’opéra, Herbert Breslin qui lui avait dit en substance : « Moi c’est l’opéra et rien d’autre ! » Pavarotti changeait de monde !

Sans plus attendre, écoutons Nessun dorma ce morceau grandiose de Turandot, de Puccini, Turandot la princesse chinoise qui faisait tuer ses prétendants s’ils n’arrivaient pas à deviner les énigmes qu’elle leur soumettait ! Mais le Prince Calaf allait résoudre les énigmes et triompher de la belle et sanglante Turandot et c’est ce qu’il chante dans « Nessun dorma », « Personne ne dort » !

Alors parlons brièvement de la carrière de Luciano Pavarotti, décédé il y a eu déjà 12 ans le 6 septembre 2007 à Modène.

Il était né dans cette même ville le 17 octobre 1935, pratiquement en même temps que son amie d’enfance et sœur de lait la grande cantatrice Mirella Freni. Il sera instituteur tout en étudiant le chant.  Sa carrière commence avec « la Bohème » en Emilie Romagne en 1961, puis en Europe, notamment au Royal Opera House, Covent Garden, de Londres où il remplace Giuseppe di Stefano, souffrant : c’est un triomphe !

Puis la Scala lui ouvre ses portes grâce au grand chef Herbert Von Karajan avec « La Bohème » etc… mais aussi le Bel Canto, avec Donizetti (notamment « La fille du Régiment », avec son célèbre passage comprenant 9 contre-ut (c’est à dire 9 dos aigus ») que peu de ténors se risquent à chanter (notamment Alfredo Kraus, Nicolaï Gedda, Juan Diego Flores, aujourd’hui) et qui lui vaudra 17 rappels en 1972 au Metropolitan de New York. ».

On notera aussi que la carrière de Pavarotti aura profité d’une très belle rencontre et collaboration avec l’illustre cantatrice australienne Joan Sutherland, (« La Stupenda », « La Stupéfiante ») qui souhaitait chanter avec un ténor de belle voix et de grande taille, comme elle…

Son mari est le chef d’orchestre Sir Richard Bonynge et avec eux, Luciano Pavarotti, qui ne déchiffre pas à vue la musique, comme bien d’autres chanteurs d’opéra de l’époque, pourra encore mieux préparer ses interprétations. Il aura d’ailleurs sa propre notation musicale, comme Enrico Caruso et d’autres.

Cette collaboration avec Sutherland et Bonynge commencée en 1965 et devenue amicale, sera fructueuse et sa carrière ira de succès en triomphe pour culminer en 1972 au Metropolitan de New York, dans « La Fille du Régiment » de Donizetti, opéra en langue française avec le fameux air, « Ah ! Mes Amis, Quel jour de fête…» et son passage de 9 contre-ut (dos aigus) successifs. Triomphe, de même qu’à Pékin, au Palais du Peuple.

Mais ce n’est pas cet air, un peu long pour notre programmation, que nous écouterons, mais un extrait de l’opéra Andréa Chénier, de Giordano, le fameux et bouleversant « Come un Bel Di Di Maggio », « Comme un beau Jour de Mai ».

Le poète André Chénier, guillotiné par la Révolution Française à l’époque de la Terreur, s’apprête à monter sur l’échafaud et s’adresse à la Poésie : « Col baccio io d’una rima, carezza di poesia, Salgo l’estrema cima dell’esistenza mia » : « Moi, Avec le baiser d’une rime, caresse de poésie, J’escalade la cime extrême de mon existence ». Ecoutons bien ! Ce qui est dit est beau et grave.

Force est de constater que, compte tenu de la nature et du timbre de sa voix on cite Pavarotti surtout dans Puccini, Donizetti, Bellini, le Bel Canto proprement dit, ce qui est déjà magnifique, et un peu moins Verdi. On trouve d’ailleurs moins d’enregistrements de lui dans Verdi. Du reste selon ses propres déclarations, il n’avait pas une voix de ténor « spinto », c’est à dire de ténor « héroïque » pour des rôles lourds tel que Don Carlos, Le Trouvère ou Otello, par exemple, si bien que Verdi n’était pas son « pain quotidien », si on ose dire, à l’opéra.

Pourtant, il a chanté et enregistré Rigoletto et Luisa Miller, et le magnifique Requiem de Verdi avec le fameux « Ingemisco… », et en outre à la fin de sa carrière, il a encore servi Verdi dans Don Carlos en 1993 à la Scala (en chantant Don Carlos, il a raté un contre-ut et a été hué, ce qui arrive même aux plus grands… !). Toujours avec Verdi, il interprète et même Le Trouvère et Otello, rôles particulièrement lourds pour la voix (on n’imaginerait pas, lui non plus d’ailleurs, Juan Diego Flores, avec la voix lyrique qui est la sienne, chanter Otello, rôle dont Enrico Caruso disait qu’il fallait être fou pour risquer d’y abimer sa voix : il n’en avait enregistré que l’air qui introduit l’Opéra, « Esultate », qui dure environ 50 secondes ! Pas de risque inutile !).

Alors chacun dans sa voix, sa couleur vocale, son timbre, son charme propre, son corps, en un mot dans sa nature et dans le rôle de son âge !

Ecoutons Luciano Pavarotti dans le rôle du Duc de Mantoue de Rigoletto, de Verdi, lorsque se présentant chez son amoureuse (du moment), la pure et naïve Gilda, fille de Rigoletto, le Bouffon du Duc, il trouve la maison déserte : Gilda a été enlevée ! « Ella mi fu rapita » !

 C’est le titre du grand air : « Elle m’a été enlevée ! Je crois voir les larmes… » s’écrie ce coureur de jupons !

Après cette incursion chez Verdi et ses personnages héroïques et forts, revenons à un rôle lyrique et à un compositeur français, Jules Massenet, et son héros romantique par excellence, Werther, héros imaginé par le grand Goethe, auteur des « Souffrances du jeune Werther », son premier roman, sous forme de lettres.

Ce roman du 18 ème siècle aura un retentissement considérable en Allemagne et en Europe où se développera une véritable fièvre romantique, où on imitera les vêtements de Werther et ceux de celle qu’il aime, Charlotte, mais qui est promise à un autre homme, qu’elle épousera, Albert.

Werther se suicidera, sujet alors tabou en Europe, et la fièvre de lecture qui suivra la parution de ce roman entrainera de nombreux suicides dans la jeunesse romantique au point que l’on ira jusqu’à interdire le livre à Leipzig, mais la gloire et la fortune de Goethe seront déjà faites par ce premier ouvrage.

Ecoutons le pauvre Werther, désespéré chanter le célébrissime « Pourquoi me réveiller, Ô souffle du printemps » ?

L’interprétation de Pavarotti est émouvante et traduit bien le désespoir du jeune homme d’avoir perdu celle qu’il aime.

Revenons à Puccini avec une œuvre qui fait penser au « Bel canto », Manon Lescaut, d’après le roman français du 18ème siècle de l’Abbé Prévost, qui met en scène l’amour de la jeune Manon Lescaut, femme légère, et du jeune Chevalier Des Grieux, naïf et amoureux et parfois fieffé coquin. Le roman a fait scandale vers 1730 et a même été condamné à être brûlé, l’amour ne pouvant pas tout justifier, la prostitution, la tricherie et l’escroquerie et jusqu’au meurtre et même l’injure faite à l’Eglise puisque Des Grieux s’échappera du Séminaire pour retrouver Manon et la suivre jusqu’en Amérique où elle été exilée.

Précisons qu’il ne faut pas confondre l’opéra Manon Lescaut, œuvre en italien de Puccini, avec le Manon (en français) de Jules Massenet, qui est également un superbe opéra, mondialement célèbre et enregistré et joué par les plus illustres chanteurs ; ni avec l’opéra du même nom du compositeur français Daniel Auber.

 Revenons au « Manon Lescaut » de Puccini : dès leur première rencontre, Des Grieux est ébloui, fasciné par Manon : « Donna non vidi mai  (simile a questa) » « Je n’ai jamais vu une femme » (telle que celle-ci) ».

 Restons avec Puccini pour entendre un extrait de Tosca, celui par lequel commence l‘opéra : le peintre Mario Cavaradossi peint le portrait d’une femme blonde dans une église et la compare à la femme qu’il aime, Floria Tosca, une cantatrice d’opéra aussi brune que la femme peinte est blonde.

Il s’extasie sur les « diverses beautés » que représentent, notamment, ces deux femmes et sur « l’harmonie cachée » (« Recondita armonia » di bellezze diverse » de ces « beautés différentes ».

Mais Pavarotti, comme la plupart de ses collègues chanteurs et cantatrices d’opéra a aussi été un récitaliste de grand talent pendant sa carrière d’opéra, c’est à dire qu’il se produisait sur scène, le plus souvent avec un pianiste ou parfais un orchestre.

Il expliquait que chanter seul était plus lourd et plus dangereux pour un chanteur que de chanter un opéra entouré des autres, avec leur soutien et les références que constituent les airs de chacun, alors qu’être seul vous laisse sans la moindre sécurité ni le moindre secours, « sans filet » en quelque sorte, en cas de perte de mémoire, outre que la solitude de la scène fait que l’artiste est nécessairement l’objet exclusif de tous les regards : pas de décors, pas d’autres chanteurs…

Dans ses récitals, Luciano Pavarotti chantait aussi bien les « Arie antiche », c’est à dire des airs anciens, en général du 18 ème siècle et de sa musique baroque, que les mélodies italiennes ou napolitaines ou encore celles du compositeur italo-anglais Francesco Paolo Tosti (annobli par la Reine Victoria) ou des mélodies de pur bel canto, comme celles composées par Bellini, dont la magnifique Vaga Luna.

C’est donc une autre facette de l’artiste que nous découvrons, toute en délicatesse et loin des prouesses vocales mais plus près de la poésie et de la musique du grand Vincenzo Bellini, compositeur de génie d’opéras (tels que Norma, La Somnambula, I Puritani), Bellini né à Catane en Sicile et mort à 34 ans à… Puteaux.

Vaga Luna est un hymne à la lune qui « éclaire d’argent les paysages et les fleurs » « et inspire aux éléments le langage de l’amour »… et ses tourments et soupirs (« e i sospir e i sospir » (« et les soupirs et les soupirs »)

Dans ses récitals, Pavarotti introduisait aussi, comme Mario Lanza, des mélodies italiennes très populaires, comme Marechiare, ou A Vucchela, toutes deux de Tosti.

Nous avons retenu de Ruggero Leoncavallo, compositeur de Pagliacci, l’adorable « MATTINATA », qui titre l’album du récital de mélodies baroques et de mélodies italiennes de Pavarotti chez Decca, avec le Philharmonia Orchestra, sous la direction de Piero Gamba (et Antonio Tonini)

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