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Ma rencontre avec Mario Lanza
par Walter Pidgeon, acteur de cinéma et baryton de formation
« Grand amateur de musique classique, je me rendis en fin d’après midi au cocktail que donnait la cantatrice Irene Manning avant son départ pour l’Europe où elle devait donner une série de concerts pour les troupes américaines.
Alors que je montais l’escalier de son hôtel particulier, j’entendis une voix magnifique qui surpassait tout ce que j’avais entendu jusqu’ici, y compris Caruso et Gigli. Mais je me dis que c’était impossible et que ça devait être mon imagination.
Pourtant, au moment où je poussais la porte de l’immense salon, je vis un jeune garçon debout près du piano de l’autre côté de la pièce, et croyez le où pas, cette voix c’était la sienne. Je ne savais pas qui il était ne l’ayant jamais rencontré auparavant, mais je me dis d’après mon expérience que ce chanteur avait une voix tout à fait exceptionnelle. Malheureusement peu de temps après mon entrée, il terminait son chant.
Je demandais à Irene Manning s’il allait chanter à nouveau. “Oh, certainement, me répondit-elle, un peu plus tard!” J’attendis impatiemment jusqu’à 3h30 du matin avant que le jeune garçon ne chante à nouveau.
Jamais, durant toute ma vie, je ne regretterais d’avoir attendu aussi longtemps pour entendre une voix aussi belle.
Mario Lanza et la soprano tchèque Jarmila Novotna,
film : Le Grand Caruso, 1951
Quelques jours plus tard alors que je bavardais avec Frank Sinatra, je lui fis part de ce que j’avais entendu. Il éclata de rire et me dis : « Je le connais ce gamin, il s’appelle Mario Lanza. Il y a quelques jours quelqu’un qui le connaissait l’a fait monter sur scène. Il chanta deux chansons et fit un tabac. D’habitude ce sont les gens qui se pâment en m’écoutant. Mais pour la première fois de ma vie c’est moi qui me suis extasié en l’entendant. Sa voix est sensationnelle ; elle est reconnaissable parmi un million de chanteurs. Je lui ai proposé de l’engager dans mon show, mais il a refusé. Il accomplissait son service militaire et il était en permission. Il venait à Hollywood rejoindre la troupe de Winged Victory qui devait être filmée par Twentieth Century Fox sous la direction de George Cukor. Il avait seulement… 23 ans ».
Ma rencontre avec Mario Lanza
par Jack Warner, président de la Warner Bros
qui raconte comment il reçut un jour une leçon d’humilité
« Ce matin là je n’étais pas particulièrement occupé, ce qui était exceptionnel, et je traînais dans mon salon à regarder des photos lorsque ma bonne, une italienne, me demanda si j’aimais la musique. Certainement lui répondis-je. Elle sortit de la pièce et revint avec un disque qu’elle me fit entendre. Une voix magnifique chantait « Vesti la Giubba » de Paillasse. Du pur Caruso lui dis-je. D’où l’avez-vous déniché ? Elle éclata de rire et me dit : ce n’est pas Caruso, c’est un disque d’audition d’un ami de ma famille. Si vous voulez je peux lui demander de venir chanter pour vous. Comme j’étais dans un bon jour, j’acceptais. Et le lendemain le chanteur se présenta à mon domicile accompagné d’un ami pianiste.
Je ne sais pas pourquoi ma la première impression ne fut pas bonne. Mais lorsqu’il se mit à interpréter les grands airs de Rigoletto j’en eus le souffle coupé. Je ressentais des frissons courir le long de ma colonne vertébrale. La voix était si pleine et si puissante que les notes aiguës faisaient vibrer le lustre. Je suis sur qu’on pouvait l’entendre au Beverly Hills Hotel, à cinq blocs de là. Néanmoins je ne l’engageais pas car je ne le voyais pas succéder à Nelson Eddy.
Quelques années plus tard la MGM rencontra un immense succès international avec son film Le Grand Caruso, et quelle ne fut pas ma stupéfaction de constater que le rôle-titre était tenu par le chanteur que j’avais reçu dans mon salon et dont le nom avait été transformé en Mario Lanza. En laissant échapper Mario Lanza je n’ai pas seulement perdu des millions de dollars, j’ai aussi perdu ma bonne italienne qui, vexée par le peu d’intérêt de l’audition, m’avait laissé tomber. Comme quoi, nous les « Moguls » (Seigneurs) de Hollywood… on peut aussi avoir parfois des jugements erronés ».
Ma rencontre avec Mario Lanza
par Constantine Callinicos, chef d’orchestre
qui l’accompagnera dans de nombreux concerts et enregistrements
« Un matin d’avril 1947, je reçus un appel téléphonique de Zena Hanenfeldt de la direction de Columbia Artists, qui me demanda si j’étais disponible pour accompagner un ténor du nom de Mario Lanza qui donnait un concert à Shippensburg en Pennsylvanie. Ce chanteur m’était inconnu tout autant que cette ville. Je n’ai jamais entendu parler de ce chanteur lui déclarais-je. Vous devriez, me répondit-elle.
N’étant pas occupé à ce moment là, j’acceptais. La veille du concert je téléphonais à ce chanteur pour lui proposer un rendez-vous pour répéter. Il éclata de rire et me dis : Nous n’avons pas besoin de répéter, j’ai d’autres choses à faire. Je vous fais confiance. Je fus abasourdi par une telle réponse venant d’un chanteur qui devait être un néophyte et dont le répertoire devait être limité. Nous nous sommes rencontrés le 14 avril, deux heures seulement avant le début du concert. Il était jeune, 25 ans environ, avait les yeux noirs pétillants, une stature de boxeur poids lourd et paraissait avoir une grande vitalité. Sa femme, une jolie brunette d’une vingtaine d’années l’accompagnait. Il m’informa incidemment qu’il avait oublié d’apporter son smoking, ce qui m’obligea à poser le mien et à me mettre en costume de ville. Cela commence bien me dis-je, il ne veut pas répéter et il oublie son smoking qui est la tenue requise pour les concerts.
Vint le début du concert. Alors que je commençais à jouer l’introduction de « Pieta, Signore », un des airs préférés de Caruso, il tourna le dos au public, se pencha sur le piano, me fit un clin d’œil et un large sourire. Jamais je n’avais vu ça. Mais lorsqu’il se mit à chanter je me dis immédiatement que le smoking et le dos au public avaient bien peu d’importance. Sa voix était splendide. Jamais je n’aurais imaginé au cours de ma vie entendre une voix aussi belle, aussi chaude, aussi ronde, aussi resplendissante et qui remplissait sans effort l’immense auditorium. J’étais sidéré. Cette voix était prodigieuse. Je me demandais quel tour on était en train de me jouer. Le public (5000 personnes environ) fut électrisé, comme cela se reproduirait à chaque concert par la suite, et sa prestation fut un triomphe. A la fin du concert, il s’approcha de moi, me prit dans ses bras, me souleva du sol et me dit : « Vous voyez Constantine, ça c’est bien passé, nous n’avions pas besoin de répéter! »
A qui allais-je bien pouvoir raconter que dans un bled perdu de Pennsylvanie j’avais rencontré le successeur de Caruso » ?
Ma rencontre avec Mario Lanza
par le Maestro Serge Koussevitsky, musicien d’origine Russe,
directeur de l’Orchestre Philharmonique de Boston.
« Je venais de répéter la 9ème symphonie et me trouvais dans ma loge en train de changer de chemise. J’entendis soudain une voix que je ne reconnaissais pas retentir jusqu’à mes oreilles. Intrigué, je me rendis torse nu, une serviette sur les épaules, vers l’endroit d’où venait cette voix. J’arrivais jusqu’à la scène où je vis à coté d’un piano un garçon d’une vingtaine d’années qui chantait d’une voix incroyable « Vesti la giubba » de Paillasse. “Quelle extraordinaire voix, c’est Caruso ressuscité” me dis-je. William K. Huff, impresario de l’Académie de Musique de Philadelphie, me rappela qu’à la demande de la cantatrice Irene Williams, j’avais rendez-vous avec ce garçon pour l’auditionner. Lorsqu’il eut terminé l’aria, je restais stupéfait, puis je le pris dans mes bras, l’embrassais sur les deux joues et je lui proposais de venir avec moi à Tanglewood (résidence d’été de l’orchestre de Boston). Il accepta et je lui fis obtenir une bourse pour débuter de sérieuses études de chant, formation qu’il poursuivra plus tard avec le Maestro Enrico Rosati qui forma Lauri-Volpi, Gigli et bien d’autres célébrités. Durant son séjour à Tanglewood, où étudiait aussi Beverly Sills, qui nous a quitté en 2007, Serge Koussevitsky appela le jeune Mario « Mon diamant brut ».
Serge Koussevitsky le fit débuter en août 1942 au festival de Musique des Berkshires (New Hampshire) dans Les Joyeuses Commères de Windsor de Nicolaï et l’acte 3 de La Bohème de Puccini.
Le Maestro Boris Goldovsky qui conduisait l’orchestre déclarera: “La voix qui sortait de cette gorge était éblouissante, inoubliable… elle semblait provenir d’un autre monde.”
A l’issue de ces représentations, Noel Strauss du New York Times écrira : «Peu nombreux sont les ténors actuels qui peuvent rivaliser avec le jeune ténor Mario Lanza (21 ans), en termes de beauté de voix et de puissance… Il pourrait déjà intégrer le Metropolitan Opera».
Le grand Maestro Koussevitsky, lui, était aux anges : la même année il découvrait un compositeur-chef d’orchestre de génie, Léonard Bernstein (West Side Story), et le plus fabuleux ténor du siècle, Mario Lanza. Il déclarera : « Mario Lanza avait une voix de celles que l’on n’entend qu’une fois par siècle ».
Incorporé le 5 janvier 1943, Mario Lanza sera affecté, après sa formation militaire sur la base aérienne de Marsa (Texas), aux Théâtres aux Armées, où il chantera de très nombreux airs d’opéra, de base en base pour l’US Air Force et apparaîtra dans les célèbres shows “On The Beam” et “Winged Victory” (Victoire Ailée) de Moss Hart.
Démobilisé en 1945, il épousera le 14 avril de la même année, Betty Hicks, la sœur d’un camarade de régiment, Bert Hicks. Elle mourra 5 mois après lui à l’âge de 36 ans. Ils auront 4 enfants : Colleen, Ellisa, Damon et Marc, tous nés au Cedars of Lebanon Hospital de Los Angeles, en 1948, 1950, 1952 et 1954.
A New York, entre octobre 1945 et février 1946, il remplacera le grand ténor Jan Peerce lors de six émissions produites par CBS et radiodiffusées dans tout le pays, intitulées The Celanese Hour: “Great Moments in Music”. Il y chantera de nombreux airs d’opéra et duos.
A cette époque il vivait bien au dessus de ses moyens et s’endetta considérablement. Un agent et promoteur immobilier prospère qui aimait l’opéra et étudiait le chant, Sam Weiler, le tirera d’affaire et lui financera des cours de chant particuliers avec le fameux Maestro Enrico Rosati. En contre partie Weiler prélèvera un pourcentage sur les recettes à venir du jeune Mario, dont il deviendra plus tard le premier Manager.
Ma rencontre avec Mario Lanza
Par Sam Weiler:
“En Août 1945 alors que je terminais ma leçon de chant chez Polly Robinson, celle-ci me demanda si je voulais entendre une voix “réellement extraordinaire” et elle me présenta un jeune garçon qui venait d’arriver. Invité à chanter, le garçon s’exécuta obligeamment et interpréta Mattinata, (”L’aurora di bianco vestita…”), une ravissante mélodie de Ruggero Leoncavallo, plus connu comme l’auteur de “Paillasse”). Ce fut comme si le ciel m’était tombé sur la tête, et je sus, dès que ce garçon eut fini de chanter, que moi, je ne chanterai plus de toute ma vie. Je connaissais bien l’opéra et j’avais entendu les plus grands chanteurs, mais là je venais d’entendre la plus extraordinaire des voix. Rentré à la maison, je parlais de Mario Lanza à ma femme toute la nuit, de la qualité du timbre de sa voix, de sa dimension et de sa puissance. Je lui dit que de ma vie je n’avais jamais entendu quelque chose de si naturellement brillant. Je sus que j’avais entendu la plus grande voix du monde”.
Mario Lanza, par Enrico Rosati,
Maître de chant
« Mario Lanza fut mon dernier élève. La première fois que je l’ai auditionné j’ai failli avoir une apoplexie en entendant la puissance et la pureté de ses aigus. Je me suis arrêté au milieu de l’aria qu’il interprétait et, la larme à l’œil, je lui ai déclaré : “Cela fait 25 ans (depuis Gigli) que j’attends une voix comme la vôtre. Mais je dois vous dire quelque chose. Personne ne pourra vous apprendre à chanter, car vous avez déjà eu le meilleur professeur de tous… Dieu. Mais nous allons quand même travailler ensemble”. Il possédait la plus belle voix qu’il ne m’ait jamais été donné d’entendre et chantait avec un instinct musical infaillible. Il était d’un caractère exubérant mais était aussi très amical et généreux, avec un cœur énorme. Après chacun de ses concerts où il triomphait, il m’envoyait une carte postale ou un télex pour me remercier de ce que je lui avais enseigné. Sa formation fut courte, environ 18 mois, mais suffisante. Il possédait au plus haut point une vive intelligence du chant et il apprit rapidement les techniques italiennes du Bel Canto qui permettent de chanter plusieurs heures sans se fatiguer. Il connaissait par cœur, depuis l’âge de 15 ans, plus de 50 arias et pouvait en discuter savamment jusque dans les moindres détails avec les professionnels de l’opéra. Quand il eu terminé sa formation il était prêt pour chanter sur les plus grandes scènes lyriques”.
En 1947, il fera partie du Bel Canto Trio sponsorisé par les Concerts Columbia, avec Frances Yeend, soprano et George London, baryton-basse (qui allait faire une immense carrière notamment comme interprète de Wagner, dans le monde entier et à Bayreuth, comme aussi dans le Faust de Gounod) . En 11 mois, le trio donnera 84 concerts à travers les Etats-Unis, au Canada et à Mexico.
En avril 1948, avant la mise en chantier de son premier film, Mario Lanza fait des débuts remarqués dans le rôle de Pinkerton de Madame Butterfly à l’Opéra de La Nouvelle Orléans. Il donnera deux représentations avec à la clé deux « standing ovations ». Les critiques, très enthousiastes, loueront « sa voix splendide, chaude et resplendissante et un tempérament qui électrifie l’auditoire ».
“Madame Butterfly” à l’Opéra de La Nouvelle Orléans.
De G à D : Maestro Armando Agnini, Mario Lanza, Maestro Walter Herbert,
10 avril 1948 (Photo Lanza Legend)
Puis il reprendra le cours des concerts avec George London et Frances Yeend. Il apparaîtra aussi en solo de plus en plus souvent dans de nombreux concerts, à l’issue desquels il obtiendra à chaque fois un triomphe.
Mario Lanza sera le premier ténor d’opéra à donner des concerts géants comme au Grant Park de Chicago, où sur son seul nom il attira, les 6 et 7 juillet 1946, 55 000 spectateurs la première soirée et 76 000 le lendemain.
Enfin, il donnera trois concerts mémorables dans le Hollywood Bowl de Los Angeles, les 27 août 1947, 24 juillet 1948 et 16 août 1949. A la suite du premier concert où il remplace au pied levé le ténor Ferruccio Tagliavini indisponible, Mario Lanza sera engagé par Louis B. Mayer, président-fondateur de la Metro-Goldwyn-Mayer, grand amateur d’opéra, qui sera ébloui comme le public et la Presse. Le concert est dirigé par le grand Maestro de Philadelphie Eugène Ormandy.
Ernest Lonsdale du Los Angeles Examiner écrira : « Ce soir là, Mario Lanza aurait pu emporter le “Bowl” avec lui. Sa voix est riche, pleine, chaude et resplendissante. Il a de la présence, donne de l’émotion. Sa diction est parfaite ».
Le public était fasciné et stupéfait. Lors du concert du 24 juillet 1948, un spectateur déclarera: “C’est comme si les portes du paradis s’étaient ouvertes et que Dieu était apparu” (”Mario Lanza, una voce, un artista” par Eddy Lovaglio). La soirée du 24 juillet 1948 restera à jamais gravée dans la mémoire de ce Temple de la Musique qui a reçu les plus grands chanteurs, comme “la plus grande soirée de son histoire”. Ce deuxième concert était dirigé par le compositeur de musiques de films Miklos Rosza - Ben-Hur, Le Roi des Rois, Quo Vadis, Le Cid…). Le 16 août 1949, Mario Lanza enflammera avec “Nessun dorma” (Turandot) pour la troisième fois le public du Hollywood Ball et déclenchera des tonnerres d’applaudissements et d’incessants rappels (concert dirigé par Johnny Green, directeur Musical de la MGM).
A 26 ans, Mario Lanza avait déjà fait grande impression en concert et il reçut l’appui immédiat des Maestros Serge Koussevitzky et Peter Herman Adler, du ténor Tito Schipa et d’Edward Johnson, directeur général du Métropolitan Opéra de New York. A ces grands professionnels s’ajoutèrent peu de temps après les noms illustres de Victor de Sabata, directeur de la Scala de Milan et de Gaetano Merola, directeur et chef du San Francisco Opera.
Mario Lanza et Gisele MacKenzie
Entre le 10 Juin 1951 et Septembre 1952, il se produira dans sa propre émission de radio hebdomadaire diffusée dans tout le pays, intitulée The Mario Lanza Show. Produite par CBS network et sponsorisée par Coca-Cola, il chantera au cours de ces 69 émissions de très nombreuses chansons et extraits d’opéra, accompagné par l’orchestre de Ray Sinatra (cousin germain de Frank Sinatra). Trois chanteuses de variété talentueuses seront fréquemment invitées: Rosemary Clooney (la tante de George Clooney), Gisele MacKensie et Kitty Kallen. Mario Lanza gagnera le cachet exorbitant de 5 300 dollars (106 000 dollars actuels) par émission, pour chanter seulement 4 airs. Ces enregistrements sont aujourd’hui commercialisées sous forme de CD numérisés, commercialisés par Damon Lanza Productions, sous le titre: « The Mario Lanza Coca Cola Shows » (15CD/245 titres).
Mario Lanza et Doris Day reçoivent en 1952 au Shrine Auditorium de Los Angeles, en présence de 6000 invités, des représentants des Majors (grands studios hollywoodiens), des plus grandes stars et de la Presse, la Médaille d’or du Magazine Photoplay qui récompense l’acteur et l’actrice les plus célèbres de l’année. Mario Lanza remerciera publiquement son ami Frank Sinatra pour l’aide qu’il lui a apporté en le faisant connaitre à la communauté hollywoodienne, alors qu’il n’était qu’un simple GI de 23 ans de passage à Los Angeles.
Dans les années 1950, le nom de Mario Lanza plane sur tout ce qui est cinéma, concert, théâtre, musique et opéra aux Etats-Unis. Ses disques se vendent par millions (11 disques d’or en moins de cinq ans). Son nom fait la une des magazines hollywoodiens, nationaux et internationaux: Collier’s, Modern Screen, Motion Picture, Movies Stars, Photoplay, Cinemonde, Song Hits Magazine, Sir Magazine, Film News, Screen Stories, Look, New Liberty, Opera News, Time Magazine, Radio-TV-Mirror, Picturegoers, Cinémonde, Ciné-Revue… On peut consulter ces journaux sur le site très complet de Jeff Rense.
Dès la sortie de son premier film That Midnight Kiss, il ne peut plus faire un pas dans la rue sans être assailli par des nuées d’admirateurs. Cette situation ne fera qu’empirer après la sortie de ses deux autres films The Toast of New Orleans et Le Grand Caruso. Avec sa voix extraordinaire, son charisme et son talent inné d’acteur, il est devenu avec trois films seulement à son actif, le plus célèbre ténor du monde. Une aussi soudaine et fulgurante célébrité va bouleverser sa vie. Sa vie privée est maintenant épiée et divulguée en permanence dans les journaux “people” avides de sensations et qui racontent souvent n’importe quoi pour vendre du papier. Cette soudaine célébrité de ténor superstar sera pour lui et sa famille, très difficile à supporter. Mais c’est la rançon de la gloire.
Alors qu’il pensait pouvoir trouver le calme en allant vivre en Italie, il va découvrir à peine arrivé… les paparazzi, ces photographes qui épieront en permanence ses faits et gestes, ses enfants, sa famille, par dessus les murs qui entourent le parc de la Villa Badoglio où il réside. Et ce sera pire encore. Au point que pour sortir incognito il sera obligé de se déguiser, avec moustache, barbe, lunettes de soleil, chapeau. Il s’achètera un minibus, le mythique Combi Volkswagen, très courant à cette époque, pour se déplacer dans Rome sans être reconnu.
Ma rencontre avec Mario Lanza
Par Terry Robinson, entraîneur sportif
« En 1948 je fus chargé par la Metro-Goldwyn-Mayer de remettre en forme et de faire perdre du poids à un jeune garçon qui venait d’être engagé par les studios et que je ne connaissais pas. Je me rendis à son domicile et je fus chaleureusement accueilli par lui-même et son épouse Betty. Il était très beau, il avait des yeux noirs, les épaules larges et un sourire enjôleur. Il était costaud, mais corpulent. Nous avons bavardé, puis son épouse est allée chercher un disque qu’elle me fit écouter. C’était un extrait de Paillasse. C’est Caruso ! Mais il chante mieux que d’habitude, déclarais-je. Ils se mirent à rire. Je me demandais quelle bêtise j’avais pu bien dire. Betty s’exclama : non, ce n’est pas Caruso ! Et, désignant son mari du doigt elle me dit : c’est lui ! Je restais sidéré. Ce fut le début d’une extraordinaire amitié ».
Ce qu’ils ont dit de Mario Lanza :
Le célèbre Maestro Arturo Toscanini : “Je n’ai jamais, dans toute ma vie, entendu La Bohème chantée avec un pareil brio. On a l’impression que Puccini et Verdi ont écrit leurs opéras spécialement pour lui. Mario Lanza est la plus grande voix du 20ème siècle”.
Maria Callas, soprano : « Mario Lanza était le successeur de Caruso et mon plus grand regret est de n’avoir jamais eu l’opportunité de chanter avec la plus belle voix que j’aie jamais entendue».
Renata Tebaldi, soprano : « Il avait la plus belle voix naturelle que j’aie jamais entendue, il avait la voix d’un ange. Mais lorsqu’il chantait à pleins poumons “He split the wind” (ça décoiffait). Sa voix était bouleversante. Elle m’émouvait tellement que j’en avais la larme à l’oeil. Il m’a proposé en 1955 de chanter avec lui dans un film. J’ai décliné l’invitation car je ne voulais pas suivre des cures d’amaigrissement, je craignais pour ma voix. Nous avions néanmoins envisagé de chanter ensemble “Andrea Chénier” à l’Opéra de San Francisco. Malheureusement nos engagements respectifs ne nous ont pas permis de concrétiser ce projet.
Henry Blanke (Producteur) Mario Lanza, Renata Tebaldi et le Maestro Ray Heindorf sur le plateau de Serenade, 1955/1956. (Photo Bob Dolfi, The Lanza Legend)
Frances Yeend, soprano, (qui est décédée en 2008 à l’âge de 95 ans) et qui fut la partenaire de Mario Lanza et du baryton-basse George London (tous deux du Metropolitan Opéra de New-York), lors du “Bel Canto Trio” (84 concerts à travers les Etats-Unis, le Canada et le Mexique), déclara : « habituellement lorsqu’un chanteur a terminé sa prestation, il se rend dans sa loge pour se reposer, arranger sa toilette, ou boire un verre d’eau. Mais lorsque Mario chantait nous restions tous les deux avec les techniciens au bord de la scène pour l’écouter tellement sa voix était magnifique. Nous étions tous deux des professionnels et nous savions que ce n’était pas possible, mais chaque fois que Mario poussait des notes aigües, celles-ci étaient tellement percutantes que par réflexe nous regardions en l’air pour voir si un spot n’allait pas se décrocher et nous tomber sur la tête ; nous nous regardions et nous rions. »
Tito Schipa, ténor, qui entendit Lanza à 23 ans : « Mario Lanza a la plus grande voix jamais entendue chez un garçon de cet âge. Sa voix est un don du Ciel. »
George London : « Mario Lanza avait la plus grande voix jamais octroyée à un être humain ».
Le célèbre baryton Robert Weede du Met qui chanta avec Mario Lanza “Golden Days” en 1946: “La voix de Mario Lanza était tellement puissante qu’on craignait toujours que les murs ne s’écroulent sur nous… et nous étions tous des professionnels de l’opéra”.
La soprano Dorothy Kirsten du Metropolitan Opéra de New-York, qui chanta avec lui dans Le Grand Caruso : «Sa voix était grandiose. Il aurait pu chanter dans les plus grandes salles d’opéra du monde et sa carrière aurait été tout autant sensationnelle».
Le Producteur Jesse L. Lasky avait réalisé deux films avec Caruso: My Cousin et The Splendid Romance. Bien que l’illustre ténor fût au sommet de sa gloire, le premier film fut un échec et le second fut abandonné en cours de tournage. Caruso admit qu’il n’avait aucun talent d’acteur. Jesse L. Lasky souhaitait depuis longtemps réaliser un film sur la vie de Caruso. Il avait acheté en 1945 pour 100 000 dollars à Dorothy Caruso, la veuve du ténor, les droits de faire un film à partir de la biographie qu’elle avait écrite sur son mari: Caruso, His Life and Death (Caruso, sa Vie et sa Mort), et il avait approché pour incarner Caruso à l’écran les ténors Ferruccio Tagliavini, Richard Tucker et Jussi Bjoerling.
Mais lorsqu’il entendit Mario Lanza le 27 août 1947 au Hollywood Bowl, il déclara: “Très impressionné par la performance de Mario Lanza, je sus immédiatement que j’avais trouvé mon ténor pour incarner Caruso. Après avoir vu ses deux premiers films je fus convaincu qu’il était le seul ténor à pouvoir incarner Caruso avec un spectaculaire éclat.”
Mario Lanza chantant “Vesti la giubba” film Le Grand Caruso
Le ténor Giuseppe Di Stefano qui fut plusieurs fois le partenaire de Maria Callas : «Je pense que Mario Lanza ne réalisait pas combien il était grand. Il aurait fallu qu’il puisse sortir de son enveloppe charnelle pour s’entendre chanter. Beniamino Gigli et Mario Lanza sont les deux meilleurs ténors».
Le célèbre ténor Carlo Bergonzi : « Admirateur de Mario Lanza je collectionnais les posters publicitaires de ses films. J’ai chez moi plus de 100 photographies de lui. Pour moi, Gigli et Lanza sont les deux plus grands ténors de notre époque. Je ne supporte plus que l’on fasse courir le bruit qu’il n’était pas capable de chanter un opéra entier. C’est faux et cette calomnie doit cesser, déclara-t-il lors d’un entretien avec Eddy Lovaglio ».
La grande soprano Licia Albanese du Met qui chanta avec lui le duo du 3ème acte d’Otello de Verdi “Dio ti giocondi” dans son film Serenade en 1955 : « Il avait tout ce dont les chanteurs ont besoin : la voix, le tempérament et une diction parfaite. Sa voix était exceptionnelle, si glorieuse, si pure, pour moi elle était plus grande que celle de Caruso. Caruso et Lanza ont leur place côte à côte au sommet du podium des plus grands ténors. Puis vient Di Stefano et après, les autres. Il était un très attentionné partenaire. Quand il est mort, mon cœur s’est brisé ».
Mario Lanza et Licia Albanese, “Serenade”, 1955/1956
Le baryton Lawrence Tibbett : « Dans 50 ans après sa mort (nous y sommes) le public reconnaîtra en Mario Lanza le grand artiste qu’il était ».
La soprano wagnérienne Helen Traubel, auteur de “The METROPOLITAN OPERA Murders” (Simon & Schuster, 1951) : « La voix de Mario Lanza était phénoménale. »
La soprano Kathryn Grayson qui fut deux fois sa partenaire à l’écran: “Mario Lanza avait une voix stupéfiante. Il était si talentueux et si attachant.”
La magnifique basse Ezio Pinza : “Mario Lanza avait un don d’imitation extraordinaire. Il pouvait imiter à s’y méprendre n’importe quel chanteur, y compris moi-même. Je n’ai jamais compris comment il pouvait faire une chose pareille.”
Maria Margelli, pianiste, accompagnatrice et amie d’Ezio Pinza : “J’ai entendu toutes les plus grandes voix, mais le jour où j’ai entendue Mario Lanza, j’ai su que j’avais entendue la plus grande de toutes.”
Le Maestro Giacomo Spadoni qui dirigea Caruso 35 ans plus tôt et son ami la grande basse russe Fedor Chaliapine au Met de New York, entendit Mario Lanza pour la première fois lors d’un concert de bienfaisance organisé à Pickfair dans la ravissante demeure de Mary Pickford et Douglas Fairbanks. Il l’accompagnait au piano devant plus de 2000 invités installés dans le parc, lorsqu’au milieu de l’aria que Mario Lanza interprétait (Cielo e mar, extrait de La Gioconda de Ponchielli), le maestro s’est subitement interrompu de jouer et resta assis un long moment sans rien dire. Les mots qu’il prononça émurent même Mario Lanza: “Je n’aurais jamais imaginé entendre un jour une voix plus pure que celle d’Enrico Caruso. Vous êtes si jeune et votre voix est si belle. Vous êtes né en Amérique et votre italien est si parfait. Je suis désolé, je suis trop bouleversé, je ne peux pas continuer, Mesdames et Messieurs, veuillez m’excuser”.
Mario Lanza et le maestro Giacomo Spadoni avec qui il apprendra six rôles complets d’opéra qu’il n’aura jamais l’occasion d’interpréter, ni au cinéma, ni à l’opéra, ni au disque.
Le ténor Maltais Oreste Kirkop qui chanta avec Tito Gobbi et Maria Carneglia et qui fit fut engagé à Hollywood pour tourner en 1956 chez Paramount, le rôle du poète François Villon dans The Vagabond King : “J’ai toujours admiré la vitalité et le tempérament de Mario Lanza. Pour moi Che gelida manina qu’il chante dans son excellent film Le Grand Caruso, n’a jamais été égalé par aucun autre ténor. Je pense que Mario Lanza mourrait un peu chaque fois qu’il chantait, tellement il se consumait dans son chant”.
Le chef d’orchestre Constantine Callinicos, qui l’accompagna dans de nombreux enregistrements et concert : “Son larynx fonctionnait comme un double pédalier, un pédalier qui lui permettait de chanter avec une infinie douceur et l’autre avec lequel il pouvait pousser les murs”.
Le ténor Franco Corelli : « Mario Lanza était la voix du siècle et sa façon de chanter était à la fois convaincante est généreuse ».
Le maestro Franco Ferrara, de l’Académie Sainte Cécile, qui dirigea Mario Lanza lors de l’enregistrement de l’album de chansons italiennes intitulé “MARIO, at his best” (RCA Red Seal - Sony/BMG) : “Mario Lanza était vocalement extraordinaire, avec une voix qui combinait acier et chaleur, les deux alliés à une grande musicalité”.
Le ténor suédois Jussi Björling du Metropolitan Opera et Mario Lanza se vouaient une grande admiration réciproque. Accompagné par un représentant de RCA, Jussi Björling se rendit un après-midi chez Mario Lanza à Beverly Hills. Cette après-midi là, les deux grandes stars du Bel Canto se sont beaucoup amusées autour d’une bouteille de Chivas Regal, échangeant leurs souvenirs et leur expérience des milieux de l’opéra et d’Hollywood. Jussi Björling décèdera d’un arrêt cardiaque en 1960, quelques mois après Lanza, à l’âge de 48 ans.
Mario Lanza et la mezzo-soprano Blanche Thebom
Film Le Grand Caruso (Photo The Lanza Legend)
Victor Emmanuel Sachs, directeur de RCA Victor, déclarera après avoir écouté la bande-son du film Serenade: “Oubliez tout ce que vous avez pu lire ou entendre sur Mario Lanza, cet homme est un phénomène musical.”
Frank Sinatra : « Si j’avais eu le voix de Mario Lanza, j’aurais une gerbe d’or autour du cou ».
Elvis Presley : « Amateur de grandes voix j’écoutais Caruso, Leontyne Price, Mario Lanza … Mario Lanza était mon chanteur préféré. A 17 ans je possédais bon nombre de ses disques. Il a eu une grande influence sur ma propre façon de chanter. Quand il est mort en 1959 je lui ai dédié “Its Now or Never” (O Sole Mio) ».
Jerry Lewis: ” Un jour de 1984 alors que je circulais en voiture sur Sunset Boulevard, la radio annonça “The Desert Song” (Le Chant du Désert) par Mario Lanza. Pendant 3 minutes et demi, je me suis retrouvé à l’autre bout du monde, transporté dans un univers de beauté et de splendeur grâce à la voix sublime de Mario dont ce chant lui restera à jamais associé. “
Le ténor Placido Domingo : « Sa voix avait un immense impact dramatique. Elle est pour moi la référence absolue ». Par deux fois Placido Domingo a rendu hommage à Mario Lanza. En 1984, en présentant la vie et la carrière de Mario Lanza dans un film de la société Kultur intitulé “Mario Lanza The American Caruso”. Puis, en 2004 en rédigeant la préface de la biographie d’Armando Cesari “Mario Lanza, An American Tragedy”.
Le ténor espagnol Alfredo Kraus, lui aussi, vouait une grande admiration à Mario Lanza, tout comme Luciano Pavarotti qui déclara : « La voix de Mario Lanza était sensationnelle, pas seulement magnifique, sensationnelle. Après avoir vu son film Le Grand Caruso, je l’imitais en chantant devant l’armoire à glace dans la chambre de mes parents. J’avais 18 ans. Je suis retourné de très nombreuses fois voir Le Grand Caruso, jusqu’à ce que le film soit déprogrammé. »
Mario Lanza, Cavalleria Rusticana, Le Grand Caruso
L’actrice Dolorès Hart qui joua avec Elvis Presley dans le film Loving You en 1957 et qui était la nièce par alliance de Mario Lanza relata en 1995 l’anecdote suivante: “Mario et tante Betty vinrent un jour chez ma grand mère à Chicago… Je me souviens quand on lui a demandé de chanter. Lorsqu’il atteignit les notes aigües, tous les verres de la salle à manger se mirent à vibrer. Ma grand mère effrayée cria “stop, stop, vous allez briser tous les verres de la maison!”. C’était réellement stupéfiant d’entendre la pureté de ces notes. J’ai toujours entendu dire que certains chanteurs pouvaient briser des verres avec leur voix et je suis sure qu’il aurait pu le faire.”
Le fils cadet de Caruso, Enrico Caruso Jr: « Avant Mario Lanza, et après Mario Lanza, aucun ténor n’aurait pu incarner avec un tel talent vocal et une telle justesse de jeu, la vie de mon père. Mario Lanza est né en même temps qu’une douzaine de très grands ténors. Sa voix naturelle innée était parfaitement placée, avec un timbre splendide, un infaillible instinct musical manifestement absent chez la majorité des autres grands ténors. Sa diction parfaite n’était égalée que par Giuseppe Di Stafano. Sa façon de se donner entièrement dans son chant, son phrasé toujours juste et somptueux, des qualités avec lesquelles peu de chanteurs sont nés et que d’autres n’atteindront jamais. Il ne copiait personne, ses enregistrements étaient sa personnelle interprétation. Nous ne devons pas oublier aussi que Mario Lanza excellait dans le double registre de la musique classique et de la musique populaire, un résultat bien au dessus du talent exceptionnel de mon père.»
L’Italie honore le successeur de Caruso:
Par deux fois, Mario Lanza sera fait Citoyen d’honneur de la Ville de Naples, berceau de l’illustre Enrico Caruso. Une première fois le jour de son arrivée en Italie le 28 Mai 1957 où il est accueilli à sa descente du paquebot Giulio Cesare par une foule en liesse brandissant d’immenses banderoles sur lesquelles ont peut lire “Bienvenue au successeur de Caruso”, “Bienvenue au Grand Mario Lanza”, “Bienvenue en Italie”. Une nuée de photographes et là pour immortaliser la scène. Après l’immense banquet organisé en son honneur, et avant son départ pour Rome, Mario Lanza ira se recueillir sur le mausolée de Caruso. En Juillet 1957, lors d’une cérémonie très officielle, en présence des plus hauts dignitaires de la ville et d’un public nombreux, Mario Lanza sera à nouveau fait citoyen d’honneur de la Ville de Naples.
Enrico Caruso Jr, parfaitement conscient de l’hommage inestimable que Mario Lanza a rendu à son père avec son film Le Grand Caruso, l’honorera au cours d’une cérémonie organisée à Naples en Juillet 1957, du prestigieux “Enrico Caruso Award”; admirateur et ami de Mario Lanza, il l’invitera chez lui.
En Septembre 1957, lors d’une somptueuse réception donnée à Rome dans les salons de la Casina Della Rosa, un luxueux établissement situé dans les magnifiques jardins de la Villa Borghese, à deux pas de la Via Veneto, Mario Lanza sera honoré de l’une des plus hautes distinctions italiennes des Arts, de la Musique et du Cinéma, “Il Maschera D’Oro” (Le Masque d’Or). Ce prix lui a été décerné pour être l’artiste qui apporte le plus la musique italienne et l’opéra au public mondial.
En 1960, Mario Lanza sera nominé aux Etats-Unis pour un Grammy Award par The Recording Academy (Académie du Disque).
Sarita Montiel, sa partenaire dans le film Serenade dit: “Si Mario Lanza n’avait pas été marié et si j’avais été libre de mon côté (elle devait épouser le Metteur en scène Anthony Mann), Mario et moi nous aurions pu vivre une grande histoire d’amour. C’était un garçon adorable. Je ne sais pas pourquoi, mais il y avait en lui un fond triste. Il était un très bon acteur et il avait une très, très grande voix. Il n’avait pas besoin de micro.”
L’acteur autrichien Ludwig Donath qui joue le rôle de l’impresario de Caruso dans le film Le Grand Caruso dira: ” En dehors du film, J’ai passé plusieurs heures à travailler avec Mario Lanza pour le coacher. Mais je me suis vite rendu compte qu’il était un acteur né. Il n’avait nul besoin qu’on lui enseigne la gestuelle ou la façon de jouer jouer une scène, il possédait tout cela de façon instinctive et naturelle.” La grand actrice Ethel Barrymore avait déjà fait la même observation lors du premier film de Lanza, That Midnight Kiss et Licia Albanese.
Mario Lanza et Sarita Montiel, dans le film Sérénade, 1956
Le ténor José Carreras: « Sa voix magnifique a enrichi nos vies en nous présentant un large éventail de musique classique et populaire ; il a inspiré ma carrière et ma vie. Je lui dois tant. » A de nombreuses reprises José Carreras a rendu hommage à Mario Lanza, lors de cérémonies et concerts.
José Carreras patronne The Mario Lanza Educational Foundation, dirigée par Ellisa Lanza Bregman, fille de Mario Lanza.
Pour le Maestro Peter Herman Adler qui conduisit les enregistrements du film Le Grand Caruso, la voix de Mario Lanza était plus belle que celle de Caruso. Cet avis était également partagé par le Maestro Giacomo Spadoni qui coacha Caruso 35 ans plus tôt et Mario Lanza en 1955, pour son film Sérénade.
Peter Herman Adler dirige un enregistrement avec l’orchestre de la MGM
Maria Callas, qui fut toujours avare de compliments envers ses partenaires, ne tarissait pas d’éloges concernant Mario Lanza: “Tant au niveau de la voix que la technique, Mario Lanza était un génie.”
Le Maestro Sir Richard Bonynge, directeur de l’Opéra de Londres, et son épouse, l’illustre soprano Dame Joan Sutherland, surnommée “La stupenda” tous deux anoblis depuis plusieurs années par la Reine Elizabeth II d’Angleterre : « Nous assistions tous les deux au récital que Mario Lanza donna au Royal Albert Hall le 16 janvier 1958. Il chanta sans micro dans une salle de 8000 personnes pleine à craquer. Nous avons tous les deux été surpris par la dimension de la voix. Nous savions que dans les films la voix était amplifiée et nous ne nous attendions pas à entendre une voix d’une pareille dimension. Nous avons été impressionnés aussi par la musicalité innée de sa voix. Nul doute qu’il aurait pu chanter sur les plus grandes scènes du monde et qu’il aurait eu une carrière sensationnelle».
Le fameux ténor suédois Nicolai Gedda qui assistait lui aussi à cette représentation: «C’est la plus grande voix que j’ai jamais entendue». Cette affirmation était partagée par le ténor australien Jon Weaving qui assistait également à cette représentation.
Mario Lanza en concert au Royal Albert Hall le 16 Janvier 1958
(Photo Bob Dolfi, Lanza Legend)
Le 2 avril 1958, de passage à Paris, Mario Lanza déclenche un scandale en ne donnant qu’un mini-concert. Les plus grandes salles parisiennes de concert étant déjà réservées, son agent commercial, Leslie Grade, ne trouva que l’Olympia de disponible (2 000 places seulement). Bruno Coquatrix et Jean-Michel Boris s’en souviennent : « Mario Lanza nous a fait signer un contrat ruineux (2800 dollars), nous obligeant à vendre les places au prix exorbitant de 300 et 150 francs (une fortune pour l’époque). Les gens ont fait la queue toute la nuit pour avoir des billets. Le concert commença. La première chanson fut un succès, la deuxième un triomphe et la cinquième un orgasme collectif. Après quoi Mario Lanza quitta la scène. Nous l’avons rattrapé pour savoir ce qui n’allait pas. Il nous dit simplement « Ma prestation est terminée ». Et le public criait «remboursez ». Ce fut le concert le plus court de l’histoire de la salle.
Aux journalistes il dira : « Mon cachet n’a même pas couvert mes frais ». Il est vrai que sa note à l’hôtel George V s’élevait pour 3 jours à plus de 1000 dollars et qu’il devait payer, en outre, les frais de déplacement de quatre personnes (Victor Hochauser, son impresario, Constantine Callinicos, son accompagnateur et Leslie Grade, son agent pour l’Europe, tous trois l’accompagnaient dans sa tournée européenne). La prestation de Constantine Callinicos s’élevait à elle seule à 750 dollars par concert, plus 250 dollars par semaine (20 000 dollars d’aujourd’hui).
La vérité est qu’il était épuisé par une longue série de concerts qui touchait à sa fin. Celui de Paris étant l’avant dernier. Sa phlébite - qui devait l’emporter le 7 octobre 1959 - le faisait souffrir de plus en plus. Sur scène il n’arrêtait pas de se balancer d’une jambe sur l’autre (des photos le montrent la jambe bandée et soulevée pour reposer sur un support), et sa tension artérielle restait très élevée avec un maximum à 29.
Le 13 avril il donne à Kiel, en Allemagne, son dernier concert européen. Constantine Callinicos se souvient : «Sa voix, plus sombre et plus riche que jamais, me donnait le frisson. Jamais il n’avait chanté comme cela !» Néanmoins, son état de santé se détériorait, sa phlébite le faisait toujours souffrir et sa tension artérielle était très élevée. Le médecin consulté à Hambourg, lui ordonna de se soigner efficacement et d’urgence, sous peine de mourir dans l’année. Les concerts de Hambourg et de Baden-Baden seront annulés. Il allait mourir l’année suivante.
Constantine Callinicos dira: “Lorsque le concert de Hambourg a été annulé, très déprimé, Mario chanta une bonne partie de la nuit une douzaine de fois les airs les plus dramatiques d’Otello, ce qui valu à la direction de l’hôtel une douzaine de réclamations”.
Le concert de Paris fut la seule fausse note d’une longue série de 21 concerts mémorables à travers l’Europe, dont malheureusement, seul, celui de l’Albert Hall du 16 janvier 1958 fut enregistré (le disque est extraordinaire, “Mario Lanza, Live From London“, RCA VICTOR, BMG SONY).
Pour son dernier film For the first time (Titre italien: Come Prima; titre français: La fille de Capri), les extraits d’opéra : Paillasse, Otello, Cosi fan Tutte, Aïda, furent enregistrés sur la scène de l’Opéra de Rome avec les chœurs et les musiciens de l’orchestre de l’Opéra. La veille, lors de la préparation des enregistrements, Constantine Callinicos se souvient: « J’entendais les musiciens bavarder entre eux ; l’un disait : « Demain nous allons entendre la créature d’Hollywood ».
Le lendemain, à la fin du premier enregistrement, c’était Vesti la giubba de Paillasse, les musiciens, surpris et excités, se sont levés pour applaudir. “La voix était grande, riche, passionnée et émouvante” dira Callinicos. Puis ce fut Niun mi tema d’Otello, chanté avec passion et puissance, bien loin de l’interprétation maniérée de certains autres ténors qui n’ont pas cette intensité dramatique dans la voix. Nouveaux applaudissements des musiciens qui n’en croient pas leurs oreilles.
Le troisième enregistrement, le Trio de Cosi fan Tutte de Mozart, est chanté avec toute la légèreté et la finesse dont il est capable, en contraste avec les interprétations dramatiques précédentes. Ce qui prouve encore une fois l’adaptabilité extraordinaire de la voix de Lanza. Ils applaudissent encore. Enfin nous avons enregistré La Marche triomphale d’Aïda. La voix de Mario couvrait les 160 musiciens et choristes. Stupéfiant ! ils ont crié bravo et se sont levés pour l’applaudir.
Puis Ils se sont précipités vers moi : « Maestro, nous ne pensions pas que Mr. Lanza avait une voix pareille. Nous pensions qu’elle avait été fabriquée par des tricheries des ingénieurs des studios d’enregistrement». Les jours suivants, lorsque nous sommes revenus pour le tournage, ils sont tous venus avec des disques pour les lui faire dédicacer. Ces enregistrement avaient été réalisés en présence de Ricardo Vitale, le directeur musical de l’Opéra qui lui proposa immédiatement de faire l’ouverture de l’Opéra de Rome en 1960.
Zsa Zsa Gabor et Mario Lanza dans “For The First Time”
(La Fille de Capri), (Photo Lanza Legend)
Clyde Smith: «La technologie d’enregistrement des disques vinyle des années 50/60, reflète mal le volume, l’intensité et les nuances de la voix de Mario Lanza. Sur ces disques la voix est comprimée à l’extrême pour des raisons de place et les auditeurs ne se doutent pas que la voix qu’ils entendent, même si elle est magnifique, n’est qu’une pâle copie de la réalité».
Sammy Cahn, qui écrivit les textes de plusieurs célèbres chansons composées par Nick Brodzsky pour Mario Lanza, dont “Be My Love” le confirme : “Ceux qui n’ont jamais entendu chanter Mario Lanza que par les disques, les cassettes ou au cinéma, ne l’ont jamais entendu. Aucun appareil n’est capable de reproduire toutes les nuances de la beauté et la puissance exceptionnelle de sa voix. Elle vous sort les tripes du ventre”.
Chick Crumpacker, producteur de disques: “Indéniablement la voix magnifique de Mario Lanza était très difficile à enregistrer sur un disque vinyle. Sa coloration éblouissante, sa formidable puissance et sa cascade de notes et d’harmonies étaient sévèrement maltraitées par la technologie du microsillon des années 1950. Grâce au miracle de la technologie actuelle de la numérisation, le dernier CD réalisé par BMG en 2000, “I’LL SEE YOU IN MY DREAMS”, restitue la voix extraordinaire de Mario Lanza telle qu’elle était, avec l’éclat de toute sa splendeur”.
La soprano Olivia Stapp, qui chanta notamment avec Carlo Bergonzi à la Scala de Milan, et qui est depuis 2007, directrice de l’Opéra de San José (Californie), dit: “Mario Lanza avait une voix extraordinaire, mais ce qui le distinguait des autres grands ténors, c’est la poésie qu’il mettait dans son chant. Et c’est cette poésie, véhiculée par une voix extraordinaire, qui électrisait instantanément les auditeurs. Mario Lanza a été une formidable source d’inspiration pour plusieurs générations de jeunes chanteurs, hommes et femmes, comme la Cathédrale Notre Dame de Paris, le fut pour les jeunes architectes et le sera encore pour les siècles à venir. Mario Lanza le sera aussi pour les temps à venir.”
Clap de fin d’une trop courte vie
Le 7 octobre 1959, peu après midi, l’homme qui avait la plus belle voix du monde, s’éteignait brusquement dans une clinique romaine, foudroyé par un arrêt cardiaque, il avait seulement… 38 ans.
C’est par la radio que ses parents, restés à Hollywood, ont appris la terrible nouvelle. Maria (sa mère) : « Je me trouvais dans la cuisine lorsque vers 7 heures du matin j’ai ouvert la radio. Ils passaient la chanson « Be my love », un grand succès de Mario. Puis le disque s’est arrêté et le présentateur a annoncé la mort de mon fils. Aussitôt les voisins qui avaient eux aussi entendu l’information, sont accourus chez moi en criant et pleurant ».
Mario Lanza est mort au moment même où il s’apprêtait à quitter la clinique Valle Giulia, dans laquelle il était entré le 30 septembre pour un examen de santé obligatoire avant chaque nouveau film. Mais en raison d’un état de santé préoccupant, les médecins avaient jugé nécessaire de le garder plus longtemps. Dans les mois qui précédaient il avait eu deux infarctus bénins, et sa tension artérielle était élevée. Sa phlébite était toujours présente et il venait de contracter une double pneumonie.
Au moment où une infirmière l’a découvert inanimé, il était assis sur le fauteuil à côté de son lit, un pied sur sa valise, attendant son chauffeur. Le disque qu’il venait de dédicacer était posé sur ses cuisses.
La veille, il avait chanté pour le personnel et les malades de la clinique, Come Prima et E lucevan le stelle, un aria de Tosca qui évoque les derniers instants de Cavaradossi…” Coïncidence ? Chant prémonitoire ?
Le docteur Giancarlo Stopponni, très ému, se souvient: « Mario Lanza venait à la clinique chaque fois qu’il le jugeait nécessaire pour faire des cures d’amaigrissement. Avec un régime diététique sévère et des cures de sommeil, nous lui faisions perdre 20 ou 30 kilos en un mois. Le matin du 7 octobre, il chantait des airs d’opéra probablement pour chauffer sa voix ou pour se distraire. Sa chambre était située au 4ème étage, mais on pouvait l’entendre jusque dans les sous-sols de la clinique. Je ne l’oublierai jamais ».
A 18 heures, le corps du ténor fut transporté de la clinique à la Villa Badoglio (un Palais de 15 pièces, 8 domestiques, situé 56 Via Bruxelles) qu’il louait depuis son arrivée en Italie deux ans plus tôt pour la somme de 1000 dollars par mois. Durant les deux jours qui suivirent de très nombreuses personnalités et amis vinrent lui rendre un dernier hommage. Le cercueil ouvert était placé au centre du salon. Des centaines de télégrammes arrivaient du monde entier.
On dit que Mario Lanza avait eu la prémonition de sa mort prématurée. Il avait fait part de cette prémonition à Licia Albanese en 1956. Durant sa dernière année en Italie, on l’avait souvent entendu dire : “La vita è breve, la morte vien”. (La vie est courte, la mort vient).
Des funérailles de Roi
Gigantesque dans la vie comme dans la mort, Mario Lanza aura trois funérailles grandioses.
La première cérémonie religieuse eu lieu à Rome le 12 octobre 1959 à l’église Immaculé Cœur de Marie, Piazza Euclide. Des obsèques quasiment nationales. Les plus grandes funérailles depuis la mort du Pape Pie XII l’année précédente. Dès l’annonce de sa mort le président de la République italienne mit à la disposition de la famille le carrosse présidentiel tiré par quatre chevaux noirs (en réalité le carrosse de l’ex-famille royale). Muni de vitres sur les côtés, le carrosse laissait apercevoir un cercueil de grand luxe surmonté d’ornements baroques. A 10h45, derrière le barrage incessant des flashes des photographes, le cercueil fut sorti de ce Palais où il résidait depuis son arrivée en Italie deux ans plus tôt (La Villa Badoglio), porté par des amis, dont les acteurs Rossano Brazzi, Van Johnson, Robert Alda et Xavier Cugat qui se trouvaient à Rome, puis déposé dans le carrosse.
Des milliers d’admirateurs silencieux se pressaient sur les trottoirs durant les 20 minutes qui séparent la villa de l’église. Dans cette foule qui n’avait d’yeux que pour le cercueil, on pouvait compter dix femmes pour un homme, car les hommes étaient au travail. Derrière le carrosse suivait une voiture avec Betty et les quatre enfants. Dans le cortège, à l’arrière d’une voiture couverte de fleurs, était accrochée une immense couronne en forme de coeur avec pour seule inscription: “Betty”. Depuis un bistrot on pouvait entendre “Arrivederci Roma ! Good bye ! Au revoir !”, la rengaine romaine qu’il avait créée quelques mois plus tôt. Sur le parvis, la police dénombrait plus de 3000 personnes. A l’intérieur, l’église était bondée. Coïncidence, le prêtre qui célébra la messe de requiem était le même qui, quelques années plus tôt, avait baptisé ses 4 enfants à Los Angeles. La circulation était bloquée sur près d’un demi kilomètre autour de l’église et selon les journaux romains la foule était estimée à plus de 100 000 personnes.
La seconde cérémonie eu lieu le 16 octobre 1959 à l’église Santa Maria-Magdalena dei Pazzi à Philadelphie (sa ville de naissance) où le corps fut transporté. C’est dans cette église que 20 ans plus tôt il avait chanté l’Ave Maria de Gounod (son premier succès). La veille de la cérémonie religieuse, plus de 15000 personnes défilèrent une partie de la nuit devant le cercueil ouvert au Funérarium Leonetti’s pour un dernier hommage. Une dame âgée, très émue, décédera d’un arrêt cardiaque en passant devant le cercueil, provoquant une émotion supplémentaire.
Le corps du chanteur fut ensuite transporté à Los Angeles sa destination finale. C’est à l’église du Saint Sacrement de Hollywood sur Sunset boulevard (Boulevard du crépuscule) que le 20 octobre 1959 eu lieu la dernière cérémonie. Plus de 1 500 personnes assistèrent à la messe de Requiem. A l’extérieur la foule est estimée à 50 000 personnes.
Le corps de Mario Lanza repose aujourd’hui dans la crypte de la chapelle du Holy Cross Cemetery à Culver City. Son épouse, Betty, décéda 5 mois plus tard d’un abus de tranquillisants, le 11 mars 1960 à l’âge de 36 ans. Elle repose à ses côtés.
Leur fille aînée, Colleen, dira: “Maman n’a pas supporté la mort de papa. Je pense qu’elle est morte elle aussi le 7 octobre 1959″.
Alain FAUQUIER
















