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Ecouter Mario Lanza

Leoncavallo : VESTI LA GIUBBA
Dicitencello Vuie
Verdi: OTELLO "Dio mi potevi"
Na sera e maggio
Serenade de Romberg
Leoncavallo: LA BOHEME
Giordano: ANDREA CHENIER














Le Ténor de Dieu


Par Emilio Iodice
Professeur d’Université et “Amoureux de grandes voix”

Quelque part au paradis, il y a probablement des salles d’opéra, de concert et des parcs où les grandes voix du passé donnent la sérénade aux anges et aux saints. J’imagine que le Créateur a autour de lui un petit chœur avec les voix les plus belles et les plus mélodieuses qui chantent pour lui chaque jour et chaque nuit pour l’éternité.

Dans ce splendide chœur, il y a de légendaires sopranos, barytons et basses et, bien sûr, de légendaires ténors dont les qualités vocales sont la fondation même de cette harmonieuse formation et auxquelles toutes les autres voix s’unissent. Je suis certain que le Roi des ténors, Enrico Caruso, est là avec ses amis, les princes de l’opéra tels que Gigli et de nombreux autres formidables artistes.

J’imagine aussi qu’à côté de Dieu il y a l’Empereur de tous les ténors qui le divertit avec la splendeur et la puissance de sa voix magique qui fascine divinement les anges, la force du vent et la chaleur du soleil. A côté de Dieu, Mario Lanza est assis.

De toutes ces voix sensationnelles qui sont au paradis, pourquoi Dieu a-t-il choisi Lanza ?

Chaque grand ténor à des qualités qui sont incomparables. Personne ne peut être comparé à Caruso qui était baryton avant de devenir ténor. D’autres chanteurs classiques comme Gigli ont une voix dont la classe en fait la référence pour les étudiants d’aujourd’hui et de demain. Lanza, lui, a bondi au dessus des standards et des comparaisons avec ces extraordinaires chanteurs et a établi une nouvelle catégorie qui demeure inégalée encore aujourd’hui.

Si Caruso fut le Michel-Ange de l’opéra, Lanza fut le Caravage. Mario Lanza créa une nouvelle forme d’art et introduisit les mêmes éléments d’ « ombres et de lumières » qui ont produit des œuvres d’un inoubliable éclat. Les deux artistes ont gravé une trace indélébile dans leur domaine et nous ont laissé des œuvres devant lesquelles on est toujours en admiration pour leur beauté, leur puissance, leur clarté et leur éternelle vitalité. Telle est la contribution de Mario Lanza à la musique.

Lanza avait à la fois les qualités des plus grands ténors d’opéra et des plus grands chanteurs de variété. Il possédait une voix de ténor « naturelle » qui avait énergie, drame, pureté et passion. Sa « mezza voce », combinée à son magnifique registre et à son volume, le rendait unique parmi les grands. Ce n’est donc pas étonnant qu’il ait été qualifié de « plus grand ténor de l’histoire » et que son culte ne cesse de se développer avec de très nombreux sites internet, des fans clubs internationaux, un intérêt croissant pour son œuvre, avec des millions d’admirateurs autour du monde qui se réjouissent toujours en l’écoutant.

Sa voix avait tous les attributs pour qu’il soit le meilleur et le plus brillant de tous.

Pendant cinq décades j’ai écouté et étudié chaque ténor marquant du passé et du présent et les ai comparé les uns avec les autres et avec Mario Lanza. Sur une échelle de 1 à 10, Mario Lanza est toujours coté au plus haut niveau.

Les goûts musicaux ont considérablement changé en cinquante ans. Cependant, les qualités et les aptitudes d’ « artiste transversal » que possédait Lanza pour franchir avec une fantastique aisance la frontière entre musique populaire et musique classique, donne toujours autant de plaisir. C’est un phénomène inégalé qui attire toujours les mélomanes du monde entier.

Comment apprécier les qualités d’un ténor ? Le timbre de la voix, comme la beauté est dans l’œil ou l’oreille d’une personne. Certains proposeront, pour les comparer les uns aux autres, l’interprétation d’une œuvre, mais il sera toujours question d’une œuvre. Tel est le cas avec de merveilleux ténors. Chacun développe une qualité de voix qui rend l’expression de son art inimitable, comme un instrument de musique produit un son qui captive, inspire, donne du plaisir et enflamme la passion et l’amour dans nos cœurs et nos âmes.

Quelques très grands ténors ont un timbre exceptionnel et du coffre comme Caruso et Pavarotti. Leur technique et leur expression vocale sont parfaitement maîtrisées, ils ont un impact dramatique et de la puissance. D’autres ont de la douceur et de la chaleur dans leur voix comme Gigli, Bocelli, Corelli et Domingo. Quelques autres, plus rares, ont en plus de ces qualités l’habileté vocale qui leur permet de chanter des œuvres très diverses avec ferveur, douceur et parviennent toucher au cœur le public. Chanter avec autant de splendeur la chanson de variété et l’opéra, est si rare qu’aucun ténor ne pouvait le faire, sauf Lanza. Mario Lanza, comme Caruso, a apporté l’opéra au grand public avec ses films, ses concerts et ses enregistrements. L’œuvre que Lanza nous a laissée est encore aujourd’hui, cinquante ans après sa mort, cotée au plus haut niveau.

Les enregistrements de Lanza, qu’il s’agisse de merveilleux airs d’opéra italiens ou de chansons de variété se sont vendus par millions et il était le numéro un des ventes au hit parade de son temps. Mais cet éclectisme n’est pas suffisant en lui seul à expliquer ce résultat. Il en faut plus et Lanza en a fait beaucoup plus. Il fut rarement le premier chanteur à interpréter des œuvres, mais lorsqu’il le faisait, il était inoubliable. Lanza pouvait chanter avec une extrême douceur, une ardente passion ou une puissance dramatique qui provenait du plus profond de son être et de son âme. Sa diction et son élocution en italien et en anglais était superbe et il prenait un grand soin à prononcer chaque mot et chaque phrase avec affection et sensibilité. Certains Critiques déclarèrent qu’il « hurlait », abusait de ses dons vocaux et qu’il manquait de la discipline des grands ténors qui dominaient les scènes d’opéra de son temps. Ces mêmes critiques ont été faites à Maria Callas et à Caruso. Les noms de ces Critiques apparaissent aujourd’hui en bas de page dans l’histoire de la grande musique tandis que ces géants que furent Lanza, Callas et Caruso sont toujours admirés.

Finalement, Lanza avait pour moi une qualité qui atteint le degré suprême. Dans l’Art il y a des œuvres qui ont un tel degré de perfection qu’elles passent largement le test du temps et de la distance. Elles ont une résistance « universelle » qui leur permet de passer à travers les cultures et les nations. Un intérêt tel qu’elles passent à travers les générations, les goûts et les styles. Les œuvres « classiques » traversent toutes les époques, spécialement celles qui ont un attrait populaire rayonnant et constant. Peut-être, le verdict le plus difficile de tous, est-il à cet égard, le test de la « répétition ». C’est pour moi le test le plus difficile à passer pour un ténor. Il consiste à donner à l’auditeur un tel plaisir et une telle joie que celui-ci n’est jamais fatigué en l’écoutant. Mario Lanza a franchi ce test, et à mon avis, comme aucun autre chanteur du passé ou du présent.

La musique de variété c’est comme conduire une voiture. Cela donne du plaisir et sa pratique est aussi routinière qu’un lever ou un coucher de soleil. L’opéra c’est comme bondir, voler dans les airs, flotter et nager au dessus des nuages. Lanza pouvait conduire et voler en même temps et le faisait superbement bien.

Nous avons la chance que Mario Lanza nous ait laissé des enregistrements d’air d’opéra, de chansons populaires et de concerts effectués pendant sa courte carrière. Sa voix d’or s’est éteinte alors qu’il avait seulement 38 ans. Cinquante ans après sa mort les amateurs de cet art sublime qu’est le « Bel Canto » fleurissent dans le monde, et de plus en plus de gens découvrent les dons exceptionnels de Mario Lanza et les sons prodigieux que lui seul pouvait émettre.

Comprendre le talent à couper le souffle de Mario Lanza est simple. Lorsque vous l’écoutez chanter sa voix donne du plaisir sans jamais vous lasser. Pour apprécier son œuvre je suggère de focaliser votre attention sur ses « intonations » et l’interprétation toute personnelle qu’il apporte aux airs classiques et aux célèbres mélodies.

Si vous voulez entendre le timbre ravissant d’un chanteur de variété, écoutez Mario Lanza chanter « Moonlight Serenade », « They Didn’t Believe Me », la « Sérénade de Toselli » et l’ « Ave Maria », et vous comprendrez pourquoi il remplissait les salles de concert, pourquoi les filles se pâmaient et pourquoi ses fans s’en souviennent encore aujourd’hui.

Les interprétations par Mario Lanza des chansons napolitaines sont splendides et peu de ténors peuvent chanter « A Vucchella » avec autant de sensibilité et d’émotion. J’ai entendu de nombreuses fois « Core N’grato », mais jamais comme par Lanza. Il y a un tel concentré d’émotion dans sa voix lorsqu’il exprime l’ingratitude et la peine d’un amour perdu. Lanza exprime un sentiment analogue lorsqu’il interprète l’aria extrait de Paillasse de Leoncavallo « Vesti la giubba », dans lequel le clown crie son désespoir de continuer le spectacle alors que son cœur est brisé.

Tous les airs d’opéra enregistrés par Lanza font apparaitre les empreintes brillantes des glorieux ténors classiques combinées aux remarquables caractéristiques d’une voix majestueuse, excitante, dramatique et exquise. Ecoutez « Lolita » et vous comprendrez ce que je veux dire.

From The Lanza Legend Newsletter n°36, July 2007

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